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Akere Muna : un candidat très sur de lui

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Dans le landernau politique camerounais, il est des noms que l’histoire n’efface pas. Muna est de ces noms prestigieux qui, depuis plus de cinquante ans, ont été portés par deux générations d’hommes et de femmes exceptionnels. Et d’abord par le plus illustre d’entre eux, Salomon Tandeng Muna, le patriarche, de vénérée mémoire. Ensuite par les autres dont Akere T. Muna que nous avons rencontré en cette matinée du 6 mai 2008 dans ses somptueux bureaux à Yaoundé pour nous entretenir sur le fléau de la corruption. Cheveux grisonnants et fière allure, manières onctueuses et policées, mise impeccable et sans extravagance, expression orale qui trahit difficilement ses origines anglophones, voilà, en ramassé l’homme qui fonda Transparency International Cameroun et qui est aujourd’hui le Vice-Président de cette association à l’échelon international.Dans le landernau politique camerounais, il est des noms que l’histoire n’efface pas. Muna est de ces noms prestigieux qui, depuis plus de cinquante ans, ont été portés par deux générations d’hommes et de femmes exceptionnels. Et d’abord par le plus illustre d’entre eux, Salomon Tandeng Muna, le patriarche, de vénérée mémoire. Ensuite par les autres dont Akere T. Muna que nous avons rencontré en cette matinée du 6 mai 2008 dans ses somptueux bureaux à Yaoundé pour nous entretenir sur le fléau de la corruption. Cheveux grisonnants et fière allure, manières onctueuses et policées, mise impeccable et sans extravagance, expression orale qui trahit difficilement ses origines anglophones, voilà, en ramassé l’homme qui fonda Transparency International Cameroun et qui est aujourd’hui le Vice-Président de cette association à l’échelon international.  Me AKERE T. MUNA,Vice-Président de Transparency InternationalAprès de brillantes études supérieures à America University Washington DC School of International Studies, il est inscrit au barreau de Londres en 1978. Il est appelé au barreau de l’Ordre des Avocats du Cameroun en 1982 et en devient le bâtonnier en 1997, charge qu’il occupera jusqu’en 2002. De 2005 à 2007, il est le Président de l’Union Panafricaine des Avocats. Il est coopté en décembre 2007 par Alpha Oumar Konaré pour siéger au sein du groupe de haut niveau chargé de l’audit de l’Union Africaine.
A 56 ans, cet homme aux compétences multiformes, a été rédacteur en chef du journal Le Monde Judiciaire, organe d’expression du barreau du Cameroun, de 1986 à 1997 et Professeur à l’ENAM, de 1993 à 1995. L’ancien Président de TIC a aussi observé les élections en Tanzanie en 2000 pour le compte du Commonwealth.
C’est, au total un homme de droit, engagé et de conviction, profondément patriotique mais aussi indiscutablement épris de justice qui s’est livré à nos questions. Sans faux-fuyants ni simulacres. Direct et professionnel dans ses analyses, généreux dans ses propositions et circonspect quand il en vient à évoquer sa riche expérience dans la lutte contre la corruption.

ECOVOX: Depuis quelques années, la corruption gagne du terrain dans notre pays et dans presque tous les secteurs de la vie politique, socio-économique et culturelle. Que faut-il entendre par corruption et quelles peuvent en être les causes ?
Maître Akere T. Muna : Il n’y a pas une seule définition de la corruption. Il y en a plusieurs. Les spécialistes distinguent plusieurs approches de définitions : les approches qui mettent l’accent sur le service public ; les approches centrées sur les opérations économiques illégales ; les approches enfin qui utilisent l´histoire et la culture comme variables explicatives. On pourrait même y ajouter les approches essentiellement morales. Pour ma part, j’utilise la définition qu’adopte Transparency International  » la corruption est l’usage du pouvoir dont on est investi pour obtenir des gains personnels « . Comme vous l’avez vous-même constaté, elle tend à se généraliser et à se banaliser au Cameroun et dans bien des pays africains. Je ne suis point de ceux qui pensent que la pauvreté serait nécessairement une des premières causes de la corruption sinon comment expliquer que des gens apparemment riches se livrent au pillage systématique de notre pays ? La corruption peut bien appauvrir une Nation avec des conséquences néfastes sur ses citoyens. Cela étant dit, la pauvreté p e u t pousser vers la corruption. Imaginez un chef de famille qui touche un salaire d’environ 30.000 francs et qui doit faire face à de nombreuses pressions sociales, telles que la scolarité de ses enfants à assurer, les quittances d’eau et d’électricité à payer et des dettes à rembourser dans les réunions de village. S’il arrive à un de ses proches, à sa femme, ou à ses enfants d’être frappés par une maladie subite, il sera tenté, si l’occasion se présente, de recourir à tous les moyens pour les sauver, y compris les moyens juridiquement condamnables. Mais il y a aussi l’avidité qui est une cause importante de la corruption. De nombreuses personnes corrompent ou se laissent corrompre par avidité. Dans cette quête effrénée du matériel, les frontières de l’honnêteté reculent au profit des compromissions diverses. C’est la raison pour laquelle la corruption est fondamentalement un problème moral.
ECOVOX : Dans l’analyse qu’ils font de la corruption, certains spécialistes procèdent à une distinction entre la petite corruption et la grande corruption. Quel est votre avis là-dessus ?
A.T.M. : C’est vrai que dans les secteurs pétroliers, du bois, de la douane, des marchés publics et de la vente des armes, les commissions sont de l’ordre des dizaines sinon des centaines de millions de francs. L’on a même vu dans ce pays, des gens détourner des milliards de francs CFA. C’est la grande corruption.A côté de ces milliards de la honte, des sommes plus modestes sont exigées par des policiers véreux ou par certains fonctionnaires pour faire avancer un dossier. C’est la petite corruption. Cependant, ce n’est pas le seul aspect des chiffres qui nous intéresse. Ce qui est important au plus haut point, ce sont les conséquences des actes ainsi posés. Chaque type de corruption est néfaste dans ses conséquences et parfois, les conséquences peuvent être plus désastreuses au niveau de la petite corruption qu’à celui de la grande. Un policier qui, pour un billet de 1000 Frs, laisse passer un car de transport défectueux, sans freins et sans phares opérationnels expose, par cet acte irresponsable, de nombreux citoyens à la mort.
ECOVOX : A partir des responsabilités que vous avez occupées à Transparency International Cameroon et compte tenu de vos fonctions actuelles dans la même organisation au niveau international, quel regard portez-vous sur l’état de la corruption dans le monde ?
A.T.M. : Il faut que je vous le dise sans fioritures : la corruption touche pratiquement tous les pays du monde. Mais elle ne les touche ni de la même façon, ni avec la même férocité. Il y a des pays qui sont plus vulnérables que d’autres en la matière. Mais il faut cesser de faire croire que la seule responsabilité de l’Afrique est engagée dans les problèmes de corruption qu’elle connaît. Lorsque des banques occidentales, sous le sceau du secret, traitent avec des corrompus venus d’Afrique pour protéger leur pactole, c’est bien là une manière de les encourager et d’encourager les autres à faire comme eux. Il y a des personnalités africaines vivantes qui ont placé d’importantes sommes d’argent dans des comptes en Suisse sans qu’il leur soit demandé de justifier l’origine de ces fonds. L’argent qui aurait pu servir au développement de l’Afrique dort ainsi dans des banques occidentales et parfois n’est pas rétrocédé à ce continent à la mort de leurs  » illégitimes  » propriétaires. C’est dire qu’il existe une connivence criminelle entre des corrompus d’Afrique et d’Europe, voire entre les corrompus du monde entier. Il n’y a qu’à voir ce qui se passe dans les paradis fiscaux pour comprendre comment les corrompus de tous les pays tissent leurs toiles pour se protéger et protéger leurs biens mal acquis. Comme vous le savez, certains princes de l’Orient font du chantage sur des gouvernements occidentaux qui finissent par être complaisants à leur endroit, et leur accordent des faveurs et des passe-droits moralement répréhensibles. Dans ce contexte comme dans bien d’autres, la corruption est un phénomène complexe et systémique. Le fléau est d´autant plus difficile à combattre qu´il a plusieurs causes, se manifeste sous différentes formes et est entretenu par une diversité d´acteurs qui n´ont pas toujours intérêt a ce qu´il y soit mis fin. Les poissons ne peuvent pas voter un budget pour l´achat des hameçons : une stratégie de lutte contre la corruption ne saurait être mise en place par ceux-là mêmes qui sont à l’origine du fléau !
ECOVOX : On dirait que tous les corrompus du monde évoluent sur du velours. Quels sont les mécanismes applicables en matière de lutte contre la corruption aux plans national et international ?
A.T.M. :De nombreux mécanismes existent qui sont édictés tant aux niveaux national qu’international. Au niveau national par exemple, la loi no 2006/003 du 21 avril 2006, fait obligation à tout détenteur de mandat électif (maires, présidents exécutifs régionaux), aux personnels des administrations chargés de l’assiette du recouvrement, du maniement des recettes publiques et du contrôle budgétaire (comptables matières et receveurs municipaux), aux gestionnaires des biens publics et des crédits, aux délégués du gouvernement auprès de certaines municipalités et aux chefs de postes communaux bénéficiant de financements extérieurs et/ou de subventions de l’État de déclarer leurs biens et avoirs au début et à la fin de leurs mandats. Cette loi n’est malheureusement pas complétée par un décret d’application. Il en va de même pour la loi no 2006/011 du 20 décembre 2006 portant création d’un organisme indépendant chargé de l’organisation du processus électoral et référendaire, Elecam, dont les textes d’application ne sont pas, à ce jour édictés. Par ailleurs, des institutions d’investigation de surveillance existent, à l’instar de la Commission Nationale anti-corruption (CONAC) créée par décret no 2006/088 et de l’Agence Nationale d’Investigations Financières (ANIF) créée par le décret no 2005/087 du 31 mai 2005. Si toutes les deux institutions affichent une volonté manifeste de lutter contre la RENCONTRE AVEC … ECOVOX>>>39 Janvier – Juin 2008 25 corruption, elles sont cependant limitées du fait de leur dépendance du pouvoir exécutif. Sur le plan international, il convient de signaler l’existence de la Convention des Nations Unies contre la corruption, ratifiée par notre pays en 2004, l’initiative Changer des Habitudes – s’Opposer à la Corruption (CHOC) Cameroun menée par le PNUD avec l’appui de l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE). L’Union Africaine, dans son souci de contribuer à la croisade contre la corruption, a édicté une convention sur la prévention et la lutte contre la corruption et les infractions assimilées. Les instruments juridiques autant que les institutions de lutte contre la corruption à l’intérieur comme à l’extérieur de nos frontières couplées aux actions des ONG nationales et internationales ne sont malheureusement pas arrivés à réduire de façon significative le fléau. Puisque la liste des scandales continuent à British Aerospace, Siemens, Enron, Alcatel, Project Oil for food des Nations Unies, etc.
ECOVOX : Un tel constat ne peut-il pas conduire au découragement ? Faut-il penser que l’Opération Epervier actuellement en cours dans notre pays apporte le sursaut espéré pour nous délivrer du monstre de la corruption ?
A.T.M. : Je dois dire que j’ai été impressionné par la nature et l’étendue de cette opération. Je n´ai pas souvenance que même dans des pays souvent cités dans le baromètre de Transparency International comme le Nigeria ou le Kenya, il y ait eu des opérations de cette envergure, impliquant de hautes personnalités aussi bien dans l´appareil de l´Etat que dans les entreprises parapubliques. Nous avons vécu au Cameroun une longue période d’impunité qui a fait le lit de toutes sortes de dérives dont la corruption a été et reste une expression majeure. Il était temps d’agir et les plus hautes autorités ont décidé de le faire. Que faut-il en penser? Je crois qu’il est encore trop tôt pour tirer une quelque leçon de cette opération. Mais toujours est-il qu’il est important de voir ce qu’on doit faire pour que les voleurs remettent ce qu’ils ont volé et que ceux qui sont tentés par le vol ne cèdent pas à la tentation. Je sais qu’il s’en trouvera toujours des camerounais qui, par excès de patriotisme, taxeront ceux qui ne sont pas assez durs vis-à-vis des actes anti-corruption du gouvernement de complaisants et ceux qui le sont, d’opposants. La vérité cependant, n’est pas dans cette peinture de la réalité sociale de notre pays en noir et blanc. Donnons le temps au temps pour apprécier dans la lucidité les résultats de cette opération.
ECOVOX : Sans préjuger des résultats que cette opération et bien d’autres actions au Cameroun et en Afrique peuvent produire, quelles autres stratégies pensez-vous qu’il est possible de mettre en oeuvre d’une part pour instituer une bonne gouvernance et d’autre part pour réduire, voire éradiquer la corruption ?
A.T.M. : Il n’y a pas de recette magique pour éradiquer la corruption. Cependant, pour y faire face de manière efficace, il faut coupler la lutte contre la corruption à la lutte contre la pauvreté et en faire une dimension essentielle car nous savons que la pauvreté est une des conséquences de la corruption. Deuxièmement, un effort doit être fait pour que nos lois en la matière soient complétées par des textes d’application et observées dans l’esprit et dans la lettre dans les différents secteurs d’activités. De manière générale, la transparence doit être augmentée et l’opacité réduite dans la vie publique. Quatrièmement, la décentralisation devrait entrer dans les faits à tous les niveaux pour permettre une meilleure participation des populations à la gestion de la cité et limiter par là même l’abus du pouvoir, les pots de vin et autres délits de commission et de concussion. Quand les élus locaux savent qu´ils doivent rendre des comptes aux populations à la base, quand les avis de ces populations sont pris en compte dans la gestion de leurs quartiers, leurs villages, leurs villes et leurs communes, alors il s´établit entre les parties prenantes un rapport de force susceptible de limiter les pratiques corruptrices. Enfin, la corruption est un fléau qui nous concerne tous. A cet égard, qui que nous soyons et où que nous nous trouvions, nous devons faire preuve en permanence de vigilance pour échapper à la double tentation de nous laisser corrompre et de corrompre.
En conclusion, il faut toujours examiner le système et c’est ce que prône Transparency International : la réforme et le renforcement des systèmes, sinon nous resterons dans le même cycle d’arrestations et de sanctions sans nous poser la question radicale sur la défaillance du système qui permet l’impunité et donc la corruption.8Propos recueillis par Eugène FONSSI et Sébastien FORNEROD à Yaoundé le 6 mai 2008

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