Je n’ai pas trouvé Jean Marie Atangana Mebara crédible. Voici pourquoi

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La contribution de l’ancien secrétaire général de la présidence de la république (SGPR) pour une sortie de la crise anglophone n’était pas attendue. Relégué à la prison, presque oublié, il ne nous avait pas habitué à prendre position sur les questions sociopolitiques qui mettent le pays en transe. À la différence de son collègue Marafa. Sa sortie a, à cet égard, le double intérêt de la nouveauté et de l’effet de surprise. À rebours de tout ce qui s’est dit par le gouvernement et les « négationnistes » de cette crise, Jean Marie Atangana Mebara n’est ni dans le déni, ni dans la sous-estimation.
L’ayant lu de bout en bout, je dois dire qu’il a pris le temps de mûrir sa reflexion pour ne pas se limiter à des
constatations. Sans entrer dans le détail pointilleux de l’histoire comme l’avait fait David Abouem À Tchoyi, un autre ancien grand commis de l’Etat, Atangana Mebara a recensé les questions qui ont allumé puis attisé et nourri le feu la crise anglophone. Et il s’est donné la peine de faire des propositions concrètes dans le sens de l’apaisement des tensions et de la résolution de ce conflit.
Ces propositions valent ce qu’elles valent. On peut les discuter. Elles sont perfectibles. Si seulement un tel esprit
avait animé l’exécutif depuis le début de la crise, l’enlisement qu’on connaît aujourd’hui n’aurait jamais atteint de
telles proportions.
Cependant, j’ai été exaspéré par l’usage qu’il fait du syntagme « le Président Biya ». Il va reprendre cette expression pas moins de six fois. Comme une prière, comme un appel à l’aide. Ce n’est assurément pas le fait du hasard. En communication politique, on convoque l’anaphore pour marteler un message, pour souligner l’importance, pour
attirer l’attention.
Dans mon malaise, j’ai ressuscité la rhétorique de tous les soutiens de l’ancien SGPR depuis son incarcération. Ils
ont toujours associé Paul Biya à « dictateur », « autocrate » et « génocidaire ». Atangana Mebara aurait-il décider de
troquer sa stratégie de riposte frontale par une « câlinothérapie »?
En plaçant « le Président Biya » au centre de son dispositif de résolution, Atangana Mebara s’est bien gardé d’être
clivant. Il n’a soulevé aucune responsabilité directe. Seules l’administration et l’histoire ont été rhabillées pour la
saison des pluies.
Il faut pourtant dire ce qui peut paraître inconvenant. Depuis le debut de cette crise, le président de la république n’a
pris que deux décisions d’inégale importance. Ce sont: la création d’une commission pour la promotion du
bilinguisme et du multiculturalisme et la libération d’une partie des manifestants interpelés dans les régions du Nordouest
et du Sud-ouest. Alors que le péril sécessionniste menaçait la république, non seulement il n’a pas interrompu
son déplacement à New-York, mais il l’a prolongé par une longue escale en Suisse. Ce n’est pas, là, la
manifestation flagrante d’une volonté de désamorcer la crise anglophone.
J’ai également été surpris par le temps dans l’écriture de celui qui a dirigé l’Institut international des sciences
administratives* et le ministère de l’enseignement supérieur. Quand on fait des propositions dont on ne sait pas si elles seront retenues, le temps de l’écriture se garde d’être péremptoire.
Or, Atangana Mebara écrit les siennes, presque toutes, au présent. Comme s’il n’était pas en rupture de bancs.
Comme s’il avait toujours l’oreille attentive du « patron ». Comme s’il était toujours « LE » SGPR. Je n’ai jamais pris au sérieux les commentaires désobligeants de Jacques Fame Ndongo à son propos. Sans être le plus diplômé de tous, Atangana Mebara n’en a pas moins de solides références intellectuelles. Je doute par conséquent qu’il puisse s’agir d’une négligence de rédaction.
Au rang des propositions qu’il égraine, Atangana Mebara inscrit la libération des hauts dignitaires anglophones
condamnés ou en voie de l’être dans le cadre de l’opération Épervier. Sans établir le moindre rapport entre la crise anglophone et ces condamnations, parce qu’il n’en existe pas. En contradiction avec la défiance, qu’il souligne luimême, des « frères et sœurs anglophones » à l’égard de la vielle élite anglophone. Laquelle est accusée d’avoir contribué à marginaliser les populations de l’ex Cameroun méridional. Laquelle manque désormais de légitimitépour parler en leur nom.
Cette proposition n’est pas plus innocente que le recours à l’anaphore ou au présent de narration. La libération de l’ancien premier ministre Inoni Ephraïm sur le fondement de la crise anglophone créerait un précédent. Et pourrait marquer le début d’une vague générale d’amnistie. Pour rééquilibrer justice et justesse. Bien essayé!
Jugeant les propositions de l’ancien SGPR sur la crise anglophone de bon aloi, je ne peux m’empêcher de penser qu’elles ont servi de prétexte à l’expression d’autres espoirs. La « manœuvre » ne manque pas d’habileté mais discrédite l’ouvrage. Reste à voir le sort que « le Président Biya » lui réserverait. Il faudrait déjà qu’il daigne en prendre connaissance, un pari perdu d’avance.
Djenda Mondon
*de 2001 à 2004 (voir Wikipedia)

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